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Communication

Repenser le pluralisme : une analyse des biais médiatiques dans les entretiens politiques de la droite radicale en France

Charlotte Gilson

Université de Sherbrooke

Repenser le pluralisme : une analyse des biais médiatiques dans les entretiens politiques de la droite radicale en France 

Charlotte Gilson 

Université de Sherbrooke (Canada) 

 

Introduction 

Les entretiens télévisuels sont un outil important pour les personnalités politiques, leur permettant d’accéder à une partie de leur électorat potentiel dans une « interaction socialement organisée » (Turbide, 2017, p. 23 ; Le Bohec, 2007). Ils sont régis par un certain nombre de règles, notamment concernant la neutralité journalistique. Cet article se penche sur les biais autres que ceux de couverture (étudiés par l’Autorité de régulation de la communication visuelle numérique, aussi appelée l’ARCOM1) dans la représentativité médiatique de deux partis politiques français. Il établira d’abord les contextes du journalisme politique et de la droite radicale en France. Il posera ensuite les divers concepts nécessaires à l’analyse menée. En s’appuyant sur le concept des questions Bavelas, qui met en danger les faces des personnes interrogées, il tentera de déceler les biais présents dans les questions et les interventions réalisées par les journalistes. Cette méthode d’analyse est inspirée de diverses recherches, notamment de Bull et Elliott (1998) et Gnisci et ses collègues (2011, 2014, 2022), qui ont respectivement travaillé sur les entretiens anglais et italiens. Cette approche inédite dans le cadre médiatique et politique français apporte une vision nouvelle sur ce dernier. 

 

  1. Contexte 

En France, les chaines d’information en continu sont la deuxième manière de s’informer préférée de la population, après les téléjournaux (Caline et Darrigade, 2023). De très nombreuses personnes regardent quotidiennement la télévision : elle constitue un acteur majeur « de la formation de l’opinion publique » (Marthoz, 2021, p. 168). Ces canaux de diffusion doivent respecter un certain nombre de règles, notamment en matière de pluralisme dans l’orientation politique des personnalités politiques invitées. Cependant, la diversité des invitations ne suffit pas à déclarer que les chaines sont exemptes de biais. Le traitement des personnalités politiques peut révéler des biais dans les chaines. C’est pourquoi les interactions entre les journalistes et les personnalités politiques sont au cœur de cette recherche. 

 

1.1. Droite radicale : une définition 

Au quotidien, on entend souvent parler d’extrême droite et peu de droite radicale. Ces concepts sont importants à distinguer dans ce contexte. Certes, ces deux idéologies rejettent « l’universalité des valeurs démocratiques » (Camus et Lebourg, 2015, p. 8), c’est-à-dire qu’elles considèrent que ces valeurs ne concernent pas également l’ensemble de l’humanité. Toutefois, elles sont distinctes. La droite radicale se distingue de l’extrême droite par sa participation aux processus démocratiques, tels que les élections (Camus, 2016 ; Mudde, 2019). La droite radicale s’appuie sur trois piliers : le nativisme2, l’autoritarisme3 et le populisme4 (Ivaldi, 2021). Elle constitue une menace pour la démocratie, car, concourant aux élections afin d’obtenir une place au sein des institutions, elle pourrait modifier les lois protégeant les principes démocratiques, par exemple l’État de droit (Camus, 2016 ; Mudde, 2019). 

Les partis de droite radicale connaissent une montée en popularité dans les suffrages qui se poursuivrait dans le futur pour trois raisons : la tabloïdisation5 des discours politiques, les conséquences des crises économiques et la courbe d’apprentissage des partis (Doležalová, 2015 ; Golder, 2003 ; Mudde, 2019). Pour Sengul (2022), il est essentiel de travailler sur le lien entre les médias et la droite radicale, en particulier dans la perspective des médias traditionnels. 

Deux partis français ont été choisis pour cette étude : le Rassemblement National (RN) et le parti Reconquête ! (désormais Reconquête). Ces partis sont intéressants, car leurs histoires ainsi que leurs poids médiatique et politique diffèrent. 

 

1.2. Rôle des médias en politique 

Le choix des médias traditionnels pour cette étude est motivé par diverses raisons. Tout d’abord, ils sont essentiels pour les personnalités politiques : c’est un moyen efficace pour rejoindre une partie importante de l’électorat potentiel tout en limitant les coûts, tant temporels qu’économiques, de déplacements dans le pays (Le Bohec, 2007). 

Ensuite, ils ont le pouvoir d’accorder ou de refuser « aux nouveaux acteurs [politiques] la validation, l’élan et la légitimité » (Ellinas, 2018, p. 273). Au sein de l’offre télévisuelle française, les chaines d’information en continu sont très appréciées de la population (Caline et Darrigade, 2023). Ces chaines offrent plus de place à la politique que les chaines généralistes (Cagé et al., 2022) et créent « un contenu essentiel de l’économie des médias » (Bizien, 2023 : p. 1). 

Les chaines télévisées doivent respecter un certain nombre de règles en matière de publicité, de pluralisme, de diffusion de comportements ou de propos jugés discriminants, etc. Ces limitations s’appliquent à toutes les chaines disposant de droits de diffusion sur la TNT6 en raison d’une convention liant l’ARCOM et les chaines. Elle prescrit un temps de parole télévisuelle dédié à chaque orientation politique chaque mois en fonction, notamment, des résultats des dernières élections (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, 2024). Cet organisme peut sanctionner7 les chaines en cas de non-respect des principes du pluralisme (Vie Publique, 2024). Mais la question du pluralisme est fortement discutée, car beaucoup arguent que l’ARCOM peine à faire respecter les règles qu’elle édicte (Jost, 2024). Le Conseil d’État a enjoint à l’ARCOM de proposer de nouvelles méthodes permettant de garantir la pluralité et l’indépendance de l’information, particulièrement pour les personnalités non politiques8 (Van den Bosch, 2024 ; Reporters sans frontières, 2024). Le calcul du temps de parole n’est dès lors pas reconnu comme suffisant par tous les observateurs et observatrices (Jost, 2024 ; Reporters sans frontières, 2024). En particulier, ce calcul ne renseigne pas sur ce qui est dit et mis en avant durant les entretiens. 

  1. Concepts 

Afin de proposer une nouvelle méthode d’analyse de la neutralité journalistique, du moins dans le contexte des entretiens, il nous faut en dresser les principaux éléments perturbateurs. Il est attendu des journalistes de maintenir la neutralité comme une nécessité (selon l’ARCOM), ainsi que l’impartialité, l’équité, l’esprit critique et la véracité comme des piliers de l’action journalistique (Syndicat national des journalistes français, 2011). Malgré tout s’immiscent, au sein du traitement médiatique, des biais, conscients ou non, qui viennent déranger ces principes. Ces biais peuvent prendre des formes diverses ; il est donc nécessaire de bien les établir, afin de les identifier. 

 

2.1. Neutralité journalistique et droite radicale 

Les entretiens ne peuvent être neutres, mais ils peuvent être neutralistes, c’est-à-dire avoir une apparence de neutralité avec des techniques spécifiques, telles que l’utilisation d’un tiers, le fait de ne pas endosser les points de vue rapportés, parler au nom du public, ne pas être perçus comme ayant des intérêts personnels, et ne pas s’associer aux déclarations de la personne invitée (Clayman et Heritage, 2002). En addition au travail réalisé en amont des entretiens, les journalistes doivent réagir aux interventions des personnes interrogées en s’assurant de l’intelligibilité et de la véracité des propos (Rendle-Short, 2007). Par la suite, le terme intervention est utilisé, celui-ci fait référence aux interruptions et aux paroles simultanées. Les interruptions sont des phrases qui peuvent perturber l’énoncé d’une personne. Une parole simultanée, quant à elle, n’entraîne pas de perturbation de la parole (Roger et al., 1988).  

Les interventions réalisées dans les entretiens de personnalités de droite radicale sont étudiées ici. Les travaux de de Jonge (2019) expliquent qu’il y a trois approches, correspondant à des idéaux types, utilisées par les médias et les journalistes pour traiter avec ces partis : l’accommodation, la confrontation et la démarcation. 

L’accommodation consiste à offrir une plateforme sur laquelle partager ses idées. Dans la pratique, elle se manifeste par l’incorporation des rhétoriques des partis de droite radicale dans la présentation de l’actualité (par exemple : la majorité silencieuse) ou en discutant fréquemment des sujets favoris de la droite radicale (dont la criminalité, l’immigration et le nationalisme). L’objectif de cette approche n’est pas de lutter contre ces partis (de Jonge, 2019). 

La confrontation consiste à inviter les partis à participer à la vie médiatique comme les autres. Cependant, les journalistes les démonisent ou les stigmatisent ensuite. Le but étant de révéler le véritable programme de ces partis, de ne pas légitimer leurs politiques avec une couverture médiatique défavorable (de Jonge, 2019). Pour Mudde (2019) et Sengul (2022), cette stratégie inefficace participe à la popularité de la droite radicale. Une conflictualité ou une agressivité importante durant les entretiens permet à ces partis de recevoir la sympathie de l’auditorat, car ils seraient injustement agressés par les journalistes, qui sont alors « l’élite arrogante » (Mudde, 2019, p. 119). 

La démarcation consiste en une stratégie qui considère les partis populistes de droite radicale comme des parias. Les partis ne reçoivent donc aucune visibilité médiatique (de Jonge, 2019). Cette stratégie est la meilleure et la seule efficace, d’après Sengul (2022), pour ne pas normaliser l’extrême droite, mais elle n’est pas applicable dans le cas où les partis sont déjà représentés au sein des parlements. Pour cet auteur, il ne faut néanmoins pas passer à une stratégie d’accommodation avec ces partis une fois leur arrivée au pouvoir législatif. Il propose aux journalistes d’adopter un biais prodémocratie en ne respectant plus la norme journalistique de neutralité, en tout comme le politologue Klaas (2021). 

 

2.2. Biais structurels et partisans 

Les biais sont de deux types : structurels ou partisans. Les biais structurels sont attribuables à la manière de travailler (fonctionnement des équipes, budgets, etc.) des spécialistes de l’information dans la production des nouvelles (Ekström et al., 2013) qui crée un contexte favorable à une personnalité ou à un parti. Ce biais varie d’un scrutin à l’autre, car le contexte est différent (Ekström et al., 2013 ; Kaid et Strömbäck, 2008 ; Zeldes et al., 2008). Par exemple, les personnes et les partis positionnés de manière favorable dans les sondages et ceux qui sont les plus susceptibles d’arriver au pouvoir après les élections9 reçoivent des questions plus difficiles que ceux moins bien positionnés (Bull, 2003 ; Gnisci et al., 2014 ; Hopmann et al., 2011). Un autre biais structurel est que les femmes, qu’importe le scrutin, sont interrogées différemment de leurs homologues masculins, notamment avec moins d’agressivité (Ekström et al., 2013 ; Voronova, 2014). C’est un biais qui favorise les individus masculins qu’importe leur orientation politique, il s’agit donc d’un biais structurel.  

Les biais partisans sont, quant à eux, produits par l’orientation politique de la personne qui pose les questions, par celle de la salle de rédaction ou par celle des propriétaires du média qui affecte les normes d’équité de traitement (Ekström et al., 2013 ; Zeldes et al., 2008, p. 566). Un biais partisan ne varie pas d’une élection à l’autre. Certains médias favorisent donc systématiquement les mêmes personnes ou partis (Ekström et al., 2013 ; Kaid et Strömbäck, 2008, p. 426). Ces biais seront plus présents dans un système médiatique où il y a un fort parallélisme politique10. À ce titre, CNews, la chaine d’information en continu française, possède un biais en faveur de la droite radicale (Cagé et al., 2022 ; Jost, 2024). Aux Pays-Bas, Huls et Varwijk (2011) ont étudié les biais présents dans les questions et la couverture des partis politiques dans le cadre d’un talk-show aux Pays-Bas. Ils ont découvert que les journalistes favorisaient les partis de gauche, affirmaient leurs idées au travers de questions, s’opposaient de manière explicite à la personne interrogée et étaient persistants lorsque la réponse de la personnalité politique était insatisfaisante. 

 

2.3. Menaces pour les faces 

Cette persistance dans les questions relevée par Huls et Varwijk peut être le fait de la communication équivoque des personnalités politiques (2011). La communication équivoque « est une forme de communication indirecte, vague et tangentielle, qui inclut la contradiction, l’incongruité, le changement de sujet, l’incompréhension, l’évasion, l’ambiguïté et l’obscurité » (Gnisci et al., 2022, p. 86). Pour qu’un message soit équivoque, il doit omettre un des quatre éléments essentiels de la communication : l’émetteur, le contenu, le récepteur ou le contexte (Bavelas et al., 1988 ; Bull et Elliott, 1998). 

Cette technique permet d’éviter de perdre la face. La face est « la valeur sociale positive qu’une personne revendique affectivement pour elle-même […] en fonction d’attributs sociaux approuvés » (Goffman, 1955, p. 213). Personne ne veut perdre la face. Les individus peuvent posséder plusieurs faces. Ainsi, une personnalité politique possède sa face individuelle, la face des autres significatifs (les membres de son parti, les membres de son électorat, les personnes rivales ou opposées [dans ce cas, la face ne doit pas être soutenue]) et la face du parti politique qu’elle représente (Bull et al., 1996). Bull et al. (1996) ont postulé que la gestion de la face était particulièrement importante lors d’un entretien politique. 

Or, les entretiens peuvent mettre en danger les faces des personnalités politiques en raison de l'utilisation de questions Bavelas, soit des questions pour lesquelles chacune des principales options de réponse présente une sorte de menace pour les faces (Bull et Elliott, 1998). Pour les personnalités politiques, il n’est pas souhaitable qu’un entretien contienne un grand nombre de questions Bavelas. L’entretien serait perçu comme complexe et aurait possiblement donné l’impression que la personnalité politique était évasive (Bull et Elliot, 1998 ; Gnisci et al., 2014). 

Les questions de ce type ont pour réponses possibles la négation, la confirmation et la communication équivoque (ou équivocation). Cette dernière se produit lorsque le locuteur est face à un choix dont les deux réponses sont peu attrayantes et qu’il doit néanmoins dire quelque chose (Bavelas et al., 1988, p. 138). Elle nuit à la confiance du public (Clementson, 2018). Comme elles ont besoin de leur face pour être élues, les personnalités politiques vont toujours tenter de répondre de la manière la moins menaçante (Bull et Elliott, 1998). 

Bull et Elliott ont utilisé la proportion de questions Bavelas pour déterminer la ténacité (ou opiniâtreté) des journalistes. Ils ont ainsi découvert que certains journalistes étaient plus tenaces que d’autres. Ils l’ont aussi utilisée pour déterminer si les journalistes sont neutres. Pour ce faire, ils ont comparé le taux de questions Bavelas par entretien en fonction de l’orientation politique de la personne invitée, ce qui permet d’observer l’avantage offert à certaines personnalités sans enfreindre les règles d’égalité de traitement médiatique, qui se concentrent sur la durée des entretiens et pas leurs contenus (Gnisci, 2008 ; Gnisci et al., 2014). 

 

2.4. Questions de recherche et hypothèses 

Cette analyse des questions Bavelas par Bull et Elliot (1998) a inspiré la première question de cette recherche : quels sont les biais dans les questions posées par des journalistes de chaines d’information en continu françaises avec des personnalités politiques appartenant à un parti de droite radicale lors des entretiens réalisés dans le cadre des émissions matinales ? 

Les hypothèses qui en découlent sont celles-ci : 

H1 : Les journalistes de CNews (Sonia Mabrouk), de BFMTV (Apolline de Malherbe) et de LCI (Jean-Baptiste Boursier) posent un nombre plus faible de questions Bavelas aux personnalités politiques de droite radicale que les journalistes de France Info (Salhia Brakhlia et Jérôme Chapuis). 

H2 : Les personnes invitées du Rassemblement National reçoivent un nombre plus important de questions Bavelas que les personnes invitées du parti Reconquête. 

H3 : Les personnalités politiques de droite radicale invitées reçoivent des questions Bavelas sur leur face personnelle démontrant ainsi la personnalisation de la politique. 

 

Comme l’étude porte sur le travail des journalistes, il est important de s’appuyer sur les outils à leur disposition, soit les questions (en particulier les questions de type Bavelas) et les interventions. Si les questions sont préparées par l’ensemble de la rédaction, les interventions caractérisent les réactions des journalistes et se distinguent ainsi par leur caractère spontané et imprévu. Pouvant prendre la forme de questions grammaticales, elles permettent aux journalistes de réagir directement aux propos de la personne interrogée et donc de menacer ses différentes faces. Ainsi, la quantité d’interventions peut être un signe de biais, qu'il soit favorable ou défavorable, de la part des journalistes (Huls et Varwijk, 2011). 

La seconde question de recherche porte sur les interventions des journalistes, soit : quels sont les biais présents dans les interventions de journalistes de chaines d’information en continu françaises avec des personnalités politiques appartenant à un parti de droite radicale lors des entretiens réalisés dans le cadre des émissions matinales ? 

En réponse à cette question, les hypothèses suivantes peuvent être émises. 

H4 : Les personnalités politiques sont interrompues lorsqu’elles tentent de répondre à des questions Bavelas, ce qui démontre que les journalistes interrompent l’équivocation. 

H5 : Les journalistes n'utilisent la confrontation qu'envers les personnalités politiques lorsqu’iels les interrompent. 

 

  1. Méthodologie 

Pour répondre aux questions de recherche, une méthode mixte a été utilisée. Les questions posées par les journalistes ont été observées dans une démarche quantitative alors que leurs interventions ont fait l’objet d’une analyse qualitative. Cette analyse de contenu a été réalisée de manière hypothético-déductive. 

 

3.1. Terrain de collecte 

Cette recherche porte sur quatre chaines télévisées d’information en continu françaises : BFTMV, CNews, France Info et LCI. Les émissions d’échanges sur l’actualité matinales ont été analysées. Comme les quatre chaines proposent un format similaire, il était possible d’effectuer une comparaison. De plus, Hallin et Mancini (1984, cité dans Hallin et Mancini, 2004) affirment que c’est au cours de ce type d’émission que les journalistes se prononcent de la manière la plus franche. Ces échanges permettent aussi d’observer l’usage des questions Bavelas et des interventions par les journalistes dans leurs interactions avec les personnalités politiques, lesquelles doivent maintenir et protéger leurs faces durant l’entretien. 

Sauf dans le cas de France Info où un duo de journalistes anime l’entretien matinal, une personnalité journalistique a été choisie pour chaque chaine, soit Sonia Mabrouk (CNews), Apolline de Malherbe (BFMTV), Jean-Baptiste Boursier (LCI), Salhia Brakhlia (France Info) et Jérôme Chapuis (France Info). Deux de ces journalistes ont des opinions politiques connues. Sonia Mabrouk a soutenu la candidature d’Éric Zemmour pour les élections présidentielles de 2022 et Apolline de Malherbe a soutenu la candidature à la présidentielle de Jean-Pierre Chevènement11 en 2002. 

 

3.2. Partis politiques de droite radicale 

La droite radicale a été choisie au détriment d’autres orientations politiques pour diverses raisons. Les partis de droite radicale montent en popularité : ils occupent un quart des sièges du Parlement européen (Parlement européen, 2024) et en France, le Rassemblement National est le premier parti de France en nombre de sièges à l’Assemblée nationale (Assemblée nationale, 2024). De plus, si certaines chaines télévisées favorisent la droite radicale (Cagé et al., 2022 ; Sécail, 2022), des chercheurs affirment que les journalistes ne s’y prennent pas toujours bien dans leur manière d’interroger les représentants et représentantes de ces partis, notamment en étant trop agressifs (Devresse-Lemme, 2011 ; Mudde, 2019 ; Sengul, 2022). Cette étude porte sur le Rassemblement National et le parti Reconquête, deux partis qui correspondent à la définition de droite radicale. 

En 1972, le Rassemblement National (appelé Front national jusqu’en 2018) a été fondé par des groupuscules d’extrême droite. Entre 1972 et 2011, le parti est présidé par Jean-Marie Le Pen. Sa fille, Marine, lui succède en 2011 et cède sa place à Jordan Bardella en 2021. Le parti a évolué au cours des années, notamment sous l’action de sa présidente, qui a fait supprimer l’antisémitisme et le racisme biologique explicite des discours (Alduy, 2016, p. 20 ; Devresse-Lemme, 2011). Le parti gagne en popularité : il est passé de 2 députés à l’Assemblée nationale en 2012 à 125 députés en 2024. Le parti proposait en 2022 de « réserver les aides sociales aux Français » (Le Pen, 2022a, p. 2) – soit un projet nativiste, d’instaurer « le Référendum d’Initiative citoyenne » (Le Pen, 2022a, p. 5) – qui peut être vu comme un projet populiste, et d’adopter une mesure autoritariste proposée par le parti qui suggérait l’instauration de la « présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes » (Le Pen, 2022b, p. 15). 

Pour sa part, le parti Reconquête a été fondé en 2022 par Éric Zemmour. Le nom du parti fait référence à la Reconquista qui a expulsé les personnes juives et musulmanes de la péninsule ibérique (Forcari, 2021). Le fondateur a été condamné à de multiples reprises pour provocation à la haine religieuse alors qu’il était chroniqueur pour divers médias (Le Nouvel Obs, 2019). Aux élections européennes de 2024, la tête de liste du parti était Marion Maréchal12. Si, à l’issue du scrutin européen, le parti a obtenu cinq sièges, il n’en a obtenu aucun à l’Assemblée nationale à l’issue des élections législatives de 2024 (Beker, 2024). Certaines des propositions du parti permettent d’affirmer qu’il s’agit d’un parti de droite radicale. Prônant l’utilisation plus fréquente des référendums pour faire adopter des mesures « qui intéressent la vie de la Nation » (Zemmour, 2022, p. 16) – soit une initiative populiste, et la suppression des aides sociales non contributives pour les étrangers extraeuropéens (Zemmour, 2022) – soit une initiative nativiste, le chef souhaitait « permettre aux forces de l’ordre et aux citoyens agressés de se défendre sans risquer d’aller en prison grâce à l’instauration de la “défense excusable” » (Zemmour, 2022, p.11) – soit une mesure autoritariste. 

 

3.3. Corpus et données récoltées 

La période de collecte s’est tenue entre le 7 novembre 2023 et le 12 mars 202413, elle a permis de récolter 19 entretiens de personnalités politiques appartenant au RN ou à Reconquête. Ces entretiens se sont déroulés dans les émissions matinales avec les journalistes sélectionnés. Les entretiens ont ensuite été transcrits par Scribe, une intelligence artificielle, et corrigés manuellement. 


Tableau 1 : Répartition des entretiens sélectionnés 
Tableau 1 : Répartition des entretiens sélectionnés 

Des informations ont été récoltées sur chaque entretien, notamment le nom de l’émission, le nom de la chaine, la durée de l’entretien, la date de l’entretien, le nom de la ou des personnalités journalistiques qui mènent l’entretien, le nom de la personnalité invitée et son parti politique. Pour chacune des questions, le libellé, la présence d’une question Bavelas et la face menacée14 par cette dernière ont été consignés. Pour chaque intervention des journalistes réalisée lorsque la personnalité invitée parle, le numéro de la question à laquelle la personnalité politique répondait alors, le type d’intervention (Roger et al., 1988) et son libellé ont été renseignés. 

 

3.4. Analyse des questions 

À partir des 19 entretiens retenus, 495 questions ont été identifiées. La durée totale des entretiens est de 358 minutes (ou 5 heures et 58 minutes). Les questions ont été analysées à l’aide d’une grille systématique afin de créer une base de données quantitative sur le logiciel SPSS. Des statistiques descriptives ont ensuite été effectuées en s’inspirant de la méthodologie de Bull et Elliott (1998) visant l’identification d’éventuels biais dans les questions des journalistes. Aussi, pour vérifier l’indépendance de certaines des variables catégorielles l’une par rapport à l’autre, de nombreux tests d’indépendance de chi deux (χ² ou chi carré) ont été réalisés, testant ainsi si l’hypothèse nulle (les deux variables catégorielles sont indépendantes) doit être rejetée ou validée. Son rejet signifierait que les deux variables catégorielles sont indépendantes l’une de l’autre (Yergeau et Poirier, 2023). 

 

3.5. Analyse des interventions journalistiques 

Les interventions ont été observées tant qualitativement que quantitativement. Pour la partie quantitative, les interventions ont été comptabilisées selon plusieurs critères : par journaliste, par minute, par question et par entretien. Cette quantification a ensuite été mise en relation avec la présence ou l’absence de questions Bavelas. Sur la base de ces données, des statistiques descriptives ont été effectuées. 

Pour la partie qualitative, une analyse des interventions a été réalisée sur la base des travaux de de Jonge (2019) et de ses trois idéaux types : démarcation, confrontation, accommodation. Cette analyse a été réalisée à l’aide du logiciel NVivo, par immersion dans les entretiens sélectionnés. Le but était d’énumérer les différents marqueurs de prise de position des journalistes lors de leurs interventions, par exemple la prise de position favorable à la droite radicale, la dénonciation des stratégies populistes de la droite radicale (négativité, émotivité et sociabilité) (Ernst et al., 2019) ou de l’équivocation (Bavelas, 1988), la présence ou l’absence de correction de faits erronés, etc. Ensuite, les unités de codage ayant des idées similaires ont été regroupées de manière inductive (Demazière et Dubar, 1997). Finalement, les résultats obtenus ont été comparés avec la théorie de de Jonge (2019) et les réflexions de Sengul (2021) et Klaas (2022). Ces dernières ont permis de remplacer l’idéal type de démarcation de de Jonge (2019) par le biais prodémocratie. 

 

  1. Résultats 

Afin de nous permettre d’utiliser les données récoltées pour aborder les questions de recherche directement, il faut au préalable scinder l’analyse en deux : une étude des questions, et une étude des interventions. Chacune sera divisée derechef pour en vérifier les hypothèses émises précédemment. Ce faisant, nous pourrons réduire les vastes ensembles de données au strict nécessaire et construire depuis ces données des analyses pertinentes. 

 

4.1. Études des questions Bavelas 

L’identification, la classification et le décompte de questions Bavelas visait à déterminer la personnalité journalistique la plus opiniâtre de la présente étude en les comparant.  


Tableau 2 : Nombre de questions Bavelas par journaliste 
Tableau 2 : Nombre de questions Bavelas par journaliste 

Le tableau  2 révèle que 40 % des questions posées lors des entretiens du corpus étaient des questions Bavelas. Toutefois, cette répartition varie selon la personnalité journalistique. En effet, grâce à un test d’indépendance de chi deux (χ²), il est possible d’affirmer à 99,9 % (ddl = 8) qu’il y a bien une relation de dépendance entre les journalistes et l’utilisation de questions de type Bavelas. La journaliste de France Info, Salhia Brakhlia, est plus opiniâtre que ses collègues : 62 % des questions qu’elle pose à des personnalités de droite radicale sont des questions Bavelas. Sonia Mabrouk est la moins opiniâtre : seules 25 % de ses questions correspondent à des questions de type Bavelas. Ces résultats permettent de confirmer la première hypothèse : les journalistes de CNews, BFMTV et LCI posent moins fréquemment des questions Bavelas aux personnalités politiques de droite radicale que les journalistes de France Info. 

La mesure des questions Bavelas a également été utilisée pour déterminer si les journalistes traitent de la même manière deux partis politiques. La moyenne de questions Bavelas est sensiblement la même pour les deux partis politiques. Un test χ² valide l’hypothèse nulle et, conséquemment, l’indépendance entre ces variables. Il est donc possible d’affirmer que la menace présente dans les questions (qu'elles soient ou non de type Bavelas) n’est pas liée au parti politique de la personne invitée. 

 

La deuxième hypothèse est donc infirmée. Étonnamment, les deux partis reçoivent autant de questions Bavelas, soit près de 40 %. Comme les deux partis possèdent des caractéristiques différentes, les moyens d’interrogations auraient dû être différents (Bull, 2003 ; Gnisci et al., 2014 ; Hopmann et al., 2011). Le parti de Jordan Bardella aurait dû recevoir plus de questions Bavelas que le parti d’Éric Zemmour, puisque le RN est perçu comme plus susceptible d’accéder au pouvoir en raison des 89 sièges sur 577 qu’il occupait à l’Assemblée nationale que Reconquête, qui n’avait qu’un seul sénateur (Bull, 2003 ; Gnisci et al., 2014 ; Hopmann et al., 2011). En outre, différents sondages publiés alors donnaient le RN en tête des élections européennes avec environ 29 % des voix contre environ 5 % des voix pour Reconquête (ELABE, 2024 ; YouGov, 2024). Ce contexte renforcerait les biais structurels défavorisant le RN. Conséquemment, le parti aurait dû recevoir plus de questions Bavelas (Bull, 2003 ; Gnisci et al., 2014 ; Hopmann et al., 2011). 

En raison du lien entre le concept de question Bavelas et le concept de face, chaque question a été étudiée pour déterminer laquelle des trois faces (personnelle, du parti politique ou des autres significatifs) était principalement mise en danger. Une attention particulière a été portée à la variation de cette répartition en fonction des journalistes (tableau 3). 


Tableau 3 : Répartition du pourcentage de questions Bavelas portant sur chaque face en fonction des journalistes 
Tableau 3 : Répartition du pourcentage de questions Bavelas portant sur chaque face en fonction des journalistes 

La répartition des questions posées sur les trois faces varie entre les journalistes. En effet, les questions de Sonia Mabrouk et Apolline de Malherbe portent majoritairement sur la face personnelle de l’invité politique, tandis que les questions de Jean-Baptiste Boursier et de Jérôme Chapuis portent majoritairement sur la face des autres significatifs. Salhia Brakhlia, quant à elle, s’inscrit dans un entre-deux, car elle interroge autant sur la face personnelle de la personnalité politique que sur celle des autres significatifs. En moyenne, les deux faces les plus attaquées sont donc la face personnelle de la personnalité politique et celle des autres significatifs. 


Figure 1 : Face menacée par les questions Bavelas en fonction des partis politiques 
Figure 1 : Face menacée par les questions Bavelas en fonction des partis politiques 

Deux constats peuvent ainsi être tirés. D’une part, il y a une personnalisation de la vie politique, car une grande part des questions Bavelas posées portent sur la face de la personnalité politique. Les personnes invitées sont soumises à de multiples risques pour leur face individuelle, tels que celui de perdre leur crédibilité, celui de ne pas présenter une image positive de soi, celui de se contredire, etc. Cette personnalisation est également indiquée par le faible intérêt porté à la face du parti (Mudde, 2013). D’autre part, les personnalités invitées sont principalement questionnées sur leur position en fonction des autres significatifs qu’elles doivent soutenir (par exemple, des collègues, un pays ami, etc.) ou non (les personnes ayant une valeur négative, par exemple les membres de la majorité15).

Après avoir observé la répartition des faces sur lesquelles portent les questions en fonction des journalistes, la répartition en fonction des partis politiques des personnes interrogées a été observée sur la figure 1. Cette dernière permet de constater qu’il y a de fortes différences dans la répartition des faces menacées par les questions posées, selon les partis politiques à l’étude. D’ailleurs, un test χ² permet d’affirmer à 99,9 % (ddl = 3) qu’il existe un lien de dépendance entre les deux variables. Les invités du RN sont principalement attaqués sur leur positionnement par rapport aux autres membres du parti, de l’opposition et de la majorité (donc la face des autres significatifs). Pour Reconquête, les personnes interrogées reçoivent des questions Bavelas en grande majorité sur leur face personnelle, ce qui laisse à penser que les journalistes remettent fortement en question leurs capacités personnelles à exercer la politique. Il est néanmoins à noter que le corpus contient une faible diversité de personnes invitées pour le parti Reconquête (Marion Maréchal a réalisé cinq entretiens, alors que Guillaume Peltier16 et Éric Zemmour ont tous deux pris part à un seul entretien). Les membres de Reconquête reçoivent en deuxième lieu des questions Bavelas mettant en danger la face des autres significatifs. Pour les deux partis, la face la moins mise en danger par les questions Bavelas est la face du parti politique. Le RN reçoit toutefois 4,73 fois plus de questions sur la face du parti politique que Reconquête.  

À la vue de ces résultats, il est possible de confirmer la troisième hypothèse, qui est « les personnalités politiques de droite radicale invitées reçoivent des questions Bavelas sur leur face personnelle, démontrant ainsi la personnalisation de la politique ». Toutefois, une nuance est à apporter à la lumière de la part importante de questions portant sur la face des autres significatifs que sont les autres membres du parti ou un courant important de l’électorat, par exemple. Les deux partis ne reçoivent pas la majorité de leurs questions Bavelas sur la même face. En effet, la face des autres significatifs est la plus mise en danger par les questions Bavelas reçues par le RN, tandis que, pour Reconquête, c’est la face personnelle de la personnalité politique. 

 

4.2. Études des interventions journalistiques 

Les analyses réalisées permettent également d’évaluer la relation entre la menace de la question et la présence (ou l’absence) d’au moins une tentative d’interruption ou de parole simultanée a été étudiée. Le tableau 4 révèle que, proportionnellement, plus de tentatives d’interventions ont été réalisées par les journalistes alors que la personnalité invitée répondait à une question Bavelas que lorsqu’elle répondait à une question qui n’était pas du type Bavelas. Les interventions journalistiques sont présentes dans plus d’un tiers des réponses des personnalités politiques. Le test χ² montre une dépendance entre la présence (ou l’absence) d’une tentative d’intervention et le type de questions (qu’elles soient du type Bavelas ou pas), et ce, à 97,7 % (ddl = 1), confirmant ainsi la quatrième hypothèse. Les journalistes interrompent la communication équivoque des personnalités politiques de droite radicale. 


Tableau 4 : Intervention journalistique en fonction du type de question à laquelle répond la personne invitée 
Tableau 4 : Intervention journalistique en fonction du type de question à laquelle répond la personne invitée 

Après avoir observé le type de questions précédant les interventions journalistiques, il était pertinent de s’intéresser à ce que disent ces interventions des rapports entre les journalistes et la droite radicale. Trois manières pour les journalistes de traiter avec ces partis ont été observées : la confrontation, la défense de la démocratie – appelé biais prodémocratie par Sengul (2022) et Klaas (2021), et l’accommodation (de Jonge, 2019). 

 

4.2.1. Confrontation 

L’objectif de la confrontation est de montrer le véritable programme des partis, la confrontation démonise et stigmatise aussi les partis de droite radicale (de Jonge, 2019). Elle est considérée par Mudde (2019) comme inefficace pour combattre la droite radicale. Dans le corpus, différentes interventions relèvent de la confrontation. Certaines tactiques journalistiques peuvent être confondues avec de la confrontation. En effet, il est attendu des journalistes de mener des entretiens contradictoires, critiques, respectant la vérité et l’exactitude (Fédération européenne des journalistes, 1971 ; Syndicat national des journalistes français, 2011). Il est également attendu qu’iels respectent les normes conversationnelles acceptables, sous peine de voir une partie de l’auditorat fuir tandis que l’autre accepte les excès s’ils sont motivés par un argument journalistique crédible (Ben-Porath, 2010). Les journalistes utilisent diverses techniques pour confronter les personnalités politiques : exposer leurs stratégies rhétoriques (simplifications abusives ou trompeuses, lexique de la crise), souligner l’inconsistance du parti politique, la persistance (Heritage et Clayman, 2010), se disputer avec la personne invitée, ou encore tenter de discréditer le parti en l’associant à des controverses passées. Deux exemples sont présentés ici. 

La journaliste Salhia Brakhlia pointe un élément de style relié au populisme : la rhétorique de la crise17 (Ernst et al., 2019). Elle interrompt Jordan Bardella en disant : « [vous] agitez la politique du pire Jordan Bardella. Mais juste quand même sur le fond [il répond en même temps], il va falloir une réforme constitutionnelle, c’est-à-dire convaincre [elle ne finit pas sa phrase] » (entretien réalisé le 12 février 2024 avec Jordan Bardella sur France Info). C’est une forme de confrontation que de pointer directement les éléments de langage reliés au populisme, car cela expose de manière directe les personnalités politiques et leurs stratégies, mettant à risque leur face personnelle. En effet, ceci fait perdre de la crédibilité, contribuant potentiellement à créer une impression négative sur la personnalité politique. 

Une autre confrontation type identifiée lors des analyses qualitatives est de tenter de discréditer les invités en les associant à des controverses passées de leur parti. Par exemple, lorsque Jean-Baptiste Boursier interrompt Laurent Jacobelli18 pour dire ceci : 

Sauf qu’il subsiste toujours un élément ou des échos à un passé pour le moins bizarre. Dernier élément en date : messages racistes publiés sur X par un ancien candidat aux municipales à Paris, qui était à l’époque soutenu par le Rassemblement National. Ce monsieur […] conseille la remigration à Fatoumata Koné, qui est cheffe de file écologiste au conseil de Paris19.

Le journaliste tente de montrer l’adhésion actuelle ou passée de membre raciste au parti par ce message. Le journaliste rappelle ainsi l’histoire du parti et de ses membres. Ainsi, Jean-Baptiste Boursier est confrontant, dans la mesure où il souhaite, par son interruption, montrer la réalité du parti : un parti qui soutient (ou qui a soutenu) des personnes racistes. L’analyse démontre, à de multiples reprises, que tous les journalistes du corpus utilisent la confrontation pour interrompre les personnalités de droite radicale. Ce n’est pas le cas pour le biais prodémocratie et l’accommodation, présentés dans les sous-sections suivantes. 

 

4.2.2. Biais prodémocratie 

Le biais prodémocratie est observable par une défense des principes et valeurs de la démocratie en faisant fi des règles de neutralité journalistique (Klaas, 2021 ; Sengul, 2022). Les valeurs et principes de la République française sont l’indivisibilité de l’État, la laïcité de l’État, et l’État de droit (Constitution du 4 octobre 1958, 2024, Article 1). De plus, « la démocratie comprend des institutions, des textes juridiques, des pratiques, une culture, mais aussi des représentations diffuses » (Gaxie, s.d.). Le biais prodémocratie est une façon de traiter la droite radicale en démontrant qu’elle s’éloigne des valeurs démocratiques. Il est utilisé par trois des cinq journalistes du corpus : Jérôme Chapuis, Salhia Brakhlia et Jean-Baptiste Boursier. Une technique est de défendre les institutions face aux attaques des personnes invitées. C’est ce que fait Salhia Brakhlia dans l’extrait suivant : 

Mais si on vous écoute, Jean-Philippe Tanguy, vous dites que le Conseil constitutionnel, qui est donc garant des libertés publiques dans notre pays, ces décisions sont motivées par le droit, sur des principes, des normes, des jurisprudences aussi, qui correspondent à l’histoire de notre démocratie. Vous dites que vous êtes prêts, demain, à les remettre en cause, ces décisions du Conseil constitutionnel ?20

En défendant l’institution qu’est le Conseil constitutionnel, Salhia Brakhlia se positionne comme une défenseure de la démocratie face à des personnalités politiques de droite radicale qui pourraient vouloir rompre avec les principes démocratiques. Une autre technique utilisée par les journalistes pour soutenir la démocratie a été de dénoncer, notamment en explicitant les rhétoriques des personnalités de droite radicale, les projets contraires aux valeurs démocratiques. Par exemple, Salhia Brakhlia interrompt Marion Maréchal qui souhaite détenir provisoirement des personnes n’ayant commis aucun crime en disant : « [on] sort de l’État de droit concrètement » (entretien réalisé le 5 décembre 2023 avec Marion Maréchal sur France Info). 

 

4.2.3. Accommodation 

La troisième manière de discuter avec des personnalités de droite radicale est l’accommodation, durant laquelle les thèmes et rhétoriques de droite radicale sont adoptés par les journalistes (de Jonge, 2019). Quelques exemples d’accommodation sont présents dans les interruptions réalisées par deux journalistes de ce corpus : Sonia Mabrouk et Apolline de Malherbe. Aucun signe d’accommodation n’a été remarqué dans les entretiens des autres journalistes. Par exemple, Apolline de Malherbe fait preuve d’accommodation en interrogeant Marion Maréchal sur « le changement de culture française21 » en demandant : 

Et donc ma question, Marion Maréchal. On le bloque comment [le changement de culture française] ? Je vous repose la question extrêmement concrète, que tous les gens qui nous écoutent et qui nous regardent, font leurs courses en ce moment. Ils voient bien qu’effectivement, il y a des promos en ce moment, et c’est bien l’offre et la demande encore une fois, sur la viande halal. Est-ce que vous empêchez ces promos ? Est-ce que vous interdisez ces pubs ? Est-ce que vous empêchez même que cette viande halal se retrouve sur les rayons ?22 

La journaliste demande à l’invitée comment bloquer « le changement de culture française ». Ainsi, elle pose ce « changement » comme un problème. Apolline de Malherbe place donc l’invitée comme une personne capable de combattre ce « problème » et lui offre l’occasion de donner ses solutions au « problème ». Ce faisant, la journaliste valide la réalité d’un « changement de culture française » et la capacité de Marion Maréchal à régler celui-ci. Cette manœuvre rhétorique offre à l’invitée un champ de réponse sans opposition ni réflexion critique de fond de ses propos. La journaliste est donc accommodante envers l’invitée.  

À la lumière des résultats présentés, il est possible de répondre à la dernière hypothèse : « Les journalistes n’utilisent la confrontation qu’envers les personnalités politiques lorsqu’iels les interrompent. » Cette hypothèse est donc infirmée. Bien que l’ensemble des journalistes de l’étude aient utilisé la confrontation lorsqu’iels sont intervenus dans les réponses des personnalités de droite radicale, iels ont également utilisé d’autres approches. Seules Sonia Mabrouk et Apolline de Malherbe ont utilisé l’accommodation dans leurs entretiens avec la droite radicale. Salhia Brakhlia, Jérôme Chapuis et Jean-Baptiste Boursier ont utilisé le biais prodémocratie en plus de la confrontation pour réaliser les entretiens avec la droite radicale. 

 

  1. Discussion 

5.1. Réponses aux questions de recherche 

La première question de recherche était la suivante : « quels sont les biais dans les questions posées par des journalistes de chaines d’information en continu françaises à des personnalités politiques appartenant à un parti de droite radicale lors des entretiens réalisés dans le cadre des émissions matinales ? ». La recherche menée révèle divers biais dans le traitement des personnalités politiques de droite radicale. Tout d’abord, les chaines télévisées, notamment CNews, montrent des signes de biais partisan favorable à la droite radicale. Ce biais se manifeste dans cette étude par la faible proportion de questions Bavelas posées aux personnalités de droite radicale (25 %) par la présentatrice de l’émission sélectionnée, Sonia Mabrouk. Ceci peut également être indiqué par l’orientation politique des personnalités invitées, qu’elles soient des personnalités politiques ou non, au sein des différentes émissions des chaines (Cagé et al., 2022). Les résultats de la présente étude concordent avec ceux de Julia Cagé et ses coauteurs et coautrices (2022) démontrant que CNews est biaisé en faveur de la droite radicale. Cette équipe de recherche a mis en lumière l’augmentation du temps de parole dédié à la droite radicale par la chaine depuis la prise de contrôle par Vincent Bolloré23. Elle fait l’hypothèse que l’augmentation est due à la réaffectation des journalistes entre les chaines ; iels choisiraient de changer de chaine pour être plus alignés avec les opinions de la chaine (Cagé et al., 2022). Il n’a pas été possible, dans le cas présent, de déterminer si les différences dans les taux de questions Bavelas sont le fait de l’orientation politique des journalistes, car l’analyse n’a pas porté sur des entretiens réalisés avec des personnalités d’autres orientations politiques. On peut ici faire le lien avec la logique de parallélisme politique, où le traitement médiatique des personnalités invitées est déterminé par l’affiliation politique des journalistes et des propriétaires des médias (Hallin et Mancini, 2004). 

Ensuite, cette recherche révèle un biais dans la face mise en danger par les questions Bavelas. Les deux partis de l’étude sont menacés sur des faces différentes. La face personnelle des personnalités du parti Reconquête est plus attaquée par les questions. Le parti Rassemblement National est quant à lui plus attaqué sur la face des autres significatifs.  L’importance de la personnalisation pour Reconquête pourrait être partiellement expliquée par la fondation relativement récente du parti et par la présence de personnalités ayant longtemps appartenu au monde médiatique (dans le cas d’Éric Zemmour) ou à d’autres partis politiques (dans le cas de Marion Maréchal).  Un argument en la faveur d’une telle analyse se retrouve dans le traitement accordé au RN. Étant un parti établi depuis des décennies, il reçoit 21 % de questions de type Bavelas sur la face du parti politique. Comme le gouvernement français a adopté certaines lois avec l’aide du RN, il est possible qu’il ait alors été demandé aux membres du parti de Jordan Bardella de se positionner par rapport aux autres partis ayant voté ces lois (qui sont donc momentanément des alliés, mais qu’il n’est pas souhaitable de soutenir à long terme pour le parti). Aussi, puisque le RN comptait, au moment de la collecte de données, un nombre plus important de députés (89 contrairement à 0 pour le parti Reconquête), il est également possible que l’on demande plus régulièrement aux personnalités invitées de discuter des positions de leurs collègues de parti, qu’elles doivent alors soutenir. 

Finalement, il était attendu que l’étude révèle un biais structurel entre les partis politiques en ce qui a trait aux questions Bavelas. Cependant, il s’est avéré que les partis reçoivent autant de questions Bavelas, contredisant ainsi la littérature sur le sujet. En effet, il est attendu que les partis susceptibles d’accéder au pouvoir ou menant les sondages soient interrogés de manière plus menaçante (Bull, 2003 ; Gnisci et al., 2014 ; Hopmann et al., 2011), donc avec davantage de questions Bavelas. Il est possible que ce résultat soit le fait d’un biais dans le corpus, nous l’évoquons ci-dessous. 

La seconde question qui a animé cette recherche est celle-ci : « quels sont les biais présents dans les interventions de journalistes de chaines d’information en continu françaises lors d’entretiens réalisés avec des personnalités politiques appartenant à un parti de droite radicale dans le cadre des émissions matinales ? ». La recherche montre qu’il y a un biais d’interruption de l’équivocation. Les journalistes interrompent les personnalités politiques de droite radicale lorsqu’elles tentent de répondre à des questions Bavelas. Ce biais peut être vu comme l’application des principes journalistiques, tels que la véracité, l’esprit critique et l’exactitude (Syndicat national des journalistes français, 2011). La présente étude révèle que l’ensemble des journalistes utilisent la confrontation lors de leurs interventions. D’après Nowakowska et Bres (2011), la confrontation est utilisée de manière générale par les journalistes lors des entretiens avec des personnalités politiques, et ce, qu’importe l’orientation politique de celles-ci.  

Les quatre chaines étudiées ici montrent qu’il y a un biais dans le traitement des partis de droite radicale dans les interventions. Ce biais est favorable à la droite radicale chez CNews et BFMTV. En effet, les journalistes de ces chaines, Sonia Mabrouk et Apolline de Malherbe, utilisent une posture accommodante dans leurs échanges avec la droite radicale. La posture accommodante tend à valider ou, du moins, à reconnaître la légitimité des personnalités politiques interrogées (de Jonge, 2019). Pour Neveux, l’utilisation de l’accommodation « est surtout toxique parce qu’elle propose une sorte de magma non pensé, et que la discussion se construit alors sur des postulats implicites, des idéologies masquées » (Neveux, citée dans Guillou et Dassonville, 2024, p. 5). Les deux journalistes participent donc à la normalisation des idées de la droite radicale en utilisant des rhétoriques de droite radicale ou en prenant comme vrais certains de ses postulats (l’existence d’un grand remplacement, par exemple). 

Il y a également un biais de traitement défavorable à la droite radicale dans les interventions des journalistes de France Info (Salhia Brakhlia et Jérôme Chapuis) et LCI (Jean-Baptiste Boursier). Ce biais est défavorable à la droite radicale, mais favorable à la démocratie. La stratégie consiste à placer l’entretien dans le cadre strict des valeurs démocratiques, qui sont parfois contradictoires avec les idées prônées par les partis de droite radicaux. 

 

5.2. Pertinence scientifique et sociale 

Cette recherche permet de contribuer à la recherche en communication par divers aspects. Il s’agit d’une première utilisation du concept de questions Bavelas dans le cadre d’entretien médiatique français. Des recherches ont été menées dans d’autres contextes médiatiques, notamment en Italie (Gnisci, 2008 ; Gnisci et al., 2011, 2014, 2022), en Grande-Bretagne (Elliott et Bull, 1996 ; Bull et Elliott, 1998) et en Espagne (Sánchez-Castillo et al., 2021), mais n’avaient jamais été menées en France. Les résultats n’étant pas toujours concordants avec la littérature, ils mettent en avant l’importance de la contextualisation des pratiques journalistiques dans un environnement médiatique précis. Cette recherche permet également de penser la neutralité médiatique sous l’angle des questions plutôt que sous l’angle des invitations, ce qui est contraire à la vision de ARCOM (qui mesure la pluralité aux participations médiatiques et non sur le contenu). La présente étude a une portée sociétale. Elle met en lumière que les différents positionnements adoptés par les journalistes dans leurs entrevues avec des personnalités politiques de droite radicale peuvent avoir un effet de normalisation et de légitimation de leurs idées. En effet, l’accommodation peut participer à la création d’un débat basé sur certains postulats masqués (Neveux, citée dans Guillou et Dassonville, 2024, p. 5), tandis que l’utilisation d’une posture prodémocratie permet de recadrer ces postulats dans un cadre normatif et idéologique basé sur des valeurs démocratiques. Ensuite, cette recherche, en révélant différentes pratiques des chaines d’information en continu et des journalistes, interroge la neutralité journalistique et la responsabilité des journalistes dans la construction d’un espace délibératif équilibré. Finalement, le présent article permet de réfléchir à la qualité et à la clarté de l’information diffusée, car les interruptions et la confrontation peuvent affecter la mise en place d’opinions éclairées dans le chef des citoyens et citoyennes. 

 

5.3. Limites et pistes de recherches futures 

Tout d’abord, le corpus est relativement petit, 19 entretiens ont été traités. Ces entretiens manquaient de représentativité pour les genres des personnes invitées : les douze entretiens du Rassemblement National ont été réalisés par cinq personnalités politiques de genre masculin, tandis que ceux de Reconquête ont été assurés par deux personnes de genre masculin et une de genre féminin (qui a réalisé cinq des sept entretiens du parti). Or, les travaux de Ekström et al. (2013) et Voronova (2014) expliquent que les femmes sont généralement questionnées avec moins d’agressivité que les hommes. Le genre des personnalités politiques, qui n’avait pas été encodé comme donnée dans notre étude, pourrait avoir fait chuter le taux de question Bavelas de Reconquête. Par ailleurs, une comparaison entre les partis aurait été impossible, car les femmes ne sont représentées que dans les entretiens de Reconquête. Ceci constitue une piste pour de futures recherches autant qu’une limite. Les autres limites sont la non-prise en compte des positions occupées dans le parti par les invités ainsi que le faible nombre de journalistes.  

Par ailleurs, uniquement des entretiens ont été analysés, ce qui représente une infime partie de l’ensemble des professionnels de l’information travaillant pour les chaines d’information en continu en France. Puisque le corpus n’était composé que d’entretiens de personnalités de droite radicale, il a été impossible de réaliser des comparaisons avec des personnalités d’autres orientations politiques. Ces comparaisons pourraient être pertinentes pour de futures recherches. Enfin, de manière plus globale, une seule juge a réalisé l’ensemble des codages, ce qui peut également induire un biais. Aussi, les résultats ne peuvent pas être généralisés, car ils ne portent que sur un faible échantillon de l’ensemble du travail réalisé par les professionnels et professionnelles de l’information des chaines évoquées, mais également sur une seule partie de l’ensemble du travail des personnalités journalistiques de cette étude. 

De futures études pourraient s’intéresser à combler les limites de cette recherche, par exemple, en incluant une plus grande diversité de journalistes, de personnalités politiques de différents genres et orientations politiques, mais également de moments de la journée et de la semaine, car les entretiens matinaux n’ont pas les mêmes enjeux que des grands entretiens dominicaux. Les entretiens dominicaux détaillent profondément les sujets tandis que les entretiens matinaux sont « des fenêtres étroites de réactions à l’actualité » (Guebey et al., 2022). Aussi, les discours des personnalités de droite radicale n’ont pas été discutés. Or, ceux-ci sont centraux dans la propagation de cette idéologie. Une autre observation réalisée au cours de cette étude est que les interventions des journalistes n’étaient pas toujours bien reçues de la part des personnes invitées. Une étude de Baffy suggère que « le fait d’être interrompu pourrait influencer la façon dont les autres perçoivent une interaction et ceux qui y participent » (Baffy, 2020, p. 689). Ainsi, une étude sur la réaction des personnalités politiques de droite radicale lorsqu’elles sont interrompues lors des entretiens politiques – des études portent déjà sur les débats parlementaires (Isosävi et al., 2025), pourrait être pertinente, de même qu’un travail sur la perception qu’ont les publics des interruptions. 

 

Conclusion 

Cette recherche analyse le traitement médiatique des personnalités politiques de droite radicale sur des chaines d’information françaises. Les résultats révèlent des disparités significatives dans les questions et les interventions des journalistes selon les chaines et les partis. Si certains journalistes privilégient la défense de la démocratie, d’autres se montrent accommodants, normalisant les idées de droite radicale. La personnalisation politique est manifeste, les questions ciblant souvent la face personnelle des personnes invitées. Ces conclusions appellent à une réflexion approfondie sur les pratiques journalistiques et leur rôle dans le façonnement de la perception publique des partis politiques. 

La démarche présentée ici contribue aux savoirs disponibles sur le traitement médiatique de la droite radicale par les chaines d’information en continu françaises. Ce travail représente la première utilisation du concept de questions Bavelas dans le cadre médiatique français. Le concept n’avait jusqu’alors, d’après les éléments connus, jamais été utilisé pour travailler sur un cas français ou francophone. Ce travail souhaite ouvrir une réflexion au sein des autorités de régulations sur un nouvel angle d’analyse du traitement médiatique des partis politiques. En effet, elles sont souvent focalisées sur la quantification du temps de parole, et sur les excès (les citoyens et citoyennes pouvant porter plainte lorsqu’iels estiment que des personnes n’ont pas respecté la déontologie journalistique, par exemple). Cette recherche démontre qu’un avantage peut être offert à certaines personnalités sans enfreindre les règles d’égalité de traitement médiatique, par exemple via le faible nombre de questions Bavelas ou l’accommodation dans le cas de partis de droite radicale.


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[1] L’ARCOM peut s’apparenter au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. 

[2] Le nativisme est une idéologie qui prône « la suprématie d’un groupe biologique ou ethnique sur un autre » (Coulet, 2012, p. 78). Ainsi les États devraient être habités par une population autochtone culturellement homogène. Les personnes non autochtones sont donc menaçantes pour l’État-nation homogène (Ivaldi, 2021 ; Lebourg, 2016 ; Mudde, 2019). D’après le nativisme, les personnes immigrées devraient avoir moins de droits (résidentiels, économiques, sociaux) que les personnes autochtones (Camus, 2016). C’est une combinaison du nationalisme et de la xénophobie (Balzacq et al., 2014 ; Mudde, 2019). 

[3] L’autoritarisme a trois composantes : l’obéissance aux autorités et le respect de l’ordre public, l’agression autoritaire à l’encontre des groupes minoritaires perçus comme « déviants », et le conventionnalisme (Altemeyer, 1981 dans Ivaldi, 2021). La société idéale de la droite radicale est « une société “illibérale” caractérisée par l’affaiblissement des normes et des pratiques démocratiques, et de l’ensemble des contre-pouvoirs judiciaires, médiatiques et constitutionnels » (Ivaldi, 2021, p. 17).

[4] Le populisme est une idéologie divisant le monde en deux groupes antagonistes homogènes. L’un est « le peuple pur » et le second est « l’élite corrompue » (Mudde, 2004). Les populistes sont favorables, par exemple, à l’augmentation de l’utilisation des référendums, car ceux-ci accordent plus de pouvoir décisionnel au peuple (Mudde et Rovira Kaltwasser, 2017). 

[5] La tabloïdisation des discours politiques réfère à la pratique des journalistes de simplifier et de discuter de manière sensationnaliste de certains sujets. C’est également au fait de s’intéresser davantage à la compétition politique ou au caractère des politiciens et politiciennes qu’aux idées qu’iels portent (Baillargeon, 2018 ; Kriesi, 2014 ; Molęda-Zdziech, 2011). 

[6] En France, une offre de télévision gratuite est proposée à la population par voie hertzienne, c’est ce que l’on appelle la TNT. Elle comprend des chaines privées et publiques. 

[7] Les sanctions sont graduelles et en fonction de chaque cas. Les sanctions possibles sont les avertissements, les mises en garde, les mises en demeure et les sanctions financières (Miliani et Durand, 2024).

[8] Les personnalités non politiques sont toutes les personnes qui ne sont pas officiellement rattachées à des partis politiques, les éditorialistes par exemple.

[9] Un parti bien positionné dans les sondages peut différer d’un parti susceptible d’accéder au pouvoir. Par exemple, un parti A peut être en tête des sondages avec 40 % des intentions de vote, mais trop éloignés idéologiquement des autres partis pour pouvoir gouverner seul. Tandis que les partis B et C ayant respectivement 21 % et 30 % d’intentions de vote dans les sondages et une idéologie similaire sont plus susceptibles d’arriver au pouvoir avec une coalition.  

[10] Le parallélisme politique permet de mesurer à quel point « la défense des intérêts politiques est considérée comme faisant partie de la mission du journalisme » (Brüggemann et al., 2014, p. 1040). Il peut être indiqué par « la mesure dans laquelle la couverture médiatique est déterminée par les affiliations politiques des journalistes, la mesure dans laquelle le public consomme les médias en fonction de ses préférences politiques, la séparation entre les informations et les commentaires, la partialité politique dans les reportages et la dépendance des radiodiffuseurs publics à l’égard du gouvernement » (Hallin et Mancini, 2004, p. 28-31, cité par Brüggemann et al., 2014, p. 1040).

[11] Jean-Pierre Chevènement s’est présenté comme ni de gauche, ni de droite (Haire, 2018). Il refusa néanmoins de manifester contre Jean-Marie Le Pen, arrivé au second tour de l’élection (Coly, 2022).

[12] Nièce de Marine Le Pen, cette eurodéputée a été élue avec le parti Reconquête puis éjectée du parti (Guez, 2024).

[13] Cette période était originellement de deux mois. Mais les entretiens de personnalités du parti Reconquête  étant rares, la période a été allongée afin de permettre la constitution d’un corpus suffisant.

[14] Pour certaines questions, plusieurs faces étaient menacées. La face inscrite était alors la plus menacée des trois par la question. Cette face a été déterminée en fonction des face threatening acts identifiés par Bull et Elliott, dont la théorie n’est pas explicitée dans cet article. Pour plus d’informations, voir Gilson, 2025 et Bull et Elliott, 1998. 

[15] Dans le cas où la personnalité politique interrogée fait partie de l’opposition parlementaire. 

[16] Cadre de Reconquête.

[17] La rhétorique de la crise est de « présenter une situation ou un développement comme une crise en utilisant des exagérations, une rhétorique d’urgence ou en déclarant un scandale » (Ernst et al., 2019, p. 4).

[18] Cadre du RN.

[19] Entretien réalisé le 8 février 2024 par Laurent Jacobelli sur LCI.

[20] Entretien réalisé le 22 décembre 2023 avec Jean-Philippe Tanguy  sur France Info. 

[21] Le changement de culture française, qui peut être compris comme étant un changement de civilisation (l’islam chasserait la tradition chrétienne), est une des étapes de la « théorie » complotiste du grand remplacement. Les autres piliers sont l’aspect démographique (les personnes immigrées vont remplacer les personnes autochtones) et le complot mondial orchestré par des élites (Héran et Racho, 2023).

[22] Entretien réalisé le 12 mars 2024 avec Marion Maréchal sur BFMTV. 

[23] Vincent Bolloré est, notamment, propriétaire d’un empire médiatique composé de maisons d’éditions, de chaines télévisées, de stations de radio, de magazines (Fabre et al., 2022). Il intervient dans les contenus de ses médias et dans les invitations distribuées par ceux-ci. L’information perd par conséquent en critique et en indépendance. Il a l’habitude de lancer des procédures bâillons contre les journalistes qui discutent de certaines de ses activités industrielles (Bénilde, 2022 ; Reporters sans frontières, 2021). 

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